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Femmes médecins : où en est-on aujourd'hui?

 

 

 

 

 

Inégalités salariales au détriment des femmes, postes à responsabilités peu accessibles, harcèlement et sexisme au travail : les femmes suisses, toute activité professionnelle confondue, disent stop et ont décidé de s’organiser en un mouvement national de protestation et de revendications, le vendredi 14 juin prochain. Le CHUV sous l’initiative du SSP Vaud (Syndicat des services publiques) défendra la cause des femmes durant cette journée avec un « Toutes en Grève le 14 juin ! ».

L’ASMAV s’est penchée pour l’occasion, sur la situation des femmes médecins en formation aujourd'hui. Un manifeste entre constats et revendications. 

 1. Une féminisation à deux vitesses ? Etat des lieux de la place des femmes médecins dans les hôpitaux

Les statistiques 2018 de la FMH parlent d’elles-mêmes. Les femmes s’engageant dans la médecine sont toujours plus nombreuses, alors que l’on observe une évolution moins flagrante chez nos collègues masculins. Or, si le nombre de femmes médecins domine parmi les médecins assistant.e.s (58.6%), il ne cesse de chuter à mesure que l’on monte dans l’échelle hiérarchique : 47.9% des chef.fe.s de clinique sont des femmes et 12.4% de médecins chefs sont des cheffes. Enfin, la population féminine est sur-représentée chez les médecins âgés entre 24 et 44 ans. La relève se féminise, donc !

En parallèle, notre société évolue et aspire de plus à plus à un équilibre entre vie professionnelle et vie privée avec une tendance pour une égalité exprimée entre hommes et femmes, s’agissant de parité dans l’activité professionnelle, de prétention salariale, ou d’engagement familial. De plus en plus d’hommes expriment le souhait de s’impliquer davantage dans la vie familiale, notamment pour soutenir leur conjointe dans l’évolution de sa carrière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Statistique médicale 2018 de la FMH, Stefanie Hostettlera, Esther Kraftb BULLETIN DES MÉDECINS SUISSES – SCHWEIZERISCHE ÄRZTEZEITUNG – BOLLETTINO DEI MEDICI SVIZZERI 2019;100(12):411–416

Mais pourquoi les femmes sont-elles encore si peu représentées dans les hautes sphères de la hiérarchie ? Pourquoi la formation post-graduée est-elle encore trop souvent un parcours du combattant pour les femmes ? Pourquoi le projet de fonder une famille n’est-il toujours pas considéré comme une évolution naturelle de chacun.e? Nous vous proposons quelques éléments de réflexion et de revendications.

 

2. Pour une réelle égalité des chances dès le début de la formation

A compétences égales, les femmes ont moins de chance d’accéder à des postes hauts placés. Source d’inégalités, notamment au niveau des salaires, une femme médecin a moins de possibilité de voir son revenu augmenter en comparaison de son homologue masculin. Le modèle patriarcal est encore fortement ancré avec une femme dépendante de l’homme, sur le plan hiérarchique et économique, et confère encore un large pouvoir décisionnel aux hommes…. Un des obstacles majeurs à ce manque de perspective académique reste la création d’une famille, à une période qui généralement, pour des raisons biologiques, coïncide avec celle durant laquelle la médecin est en formation post-graduée ! Autant d’obstacles et d’inégalité qu’il est temps de lever. 

 

Nous demandons que l’égalité des chances soit effective, en particulier :

En incluant et en valorisant le projet familial dès le début de la formation post-graduée, afin que les freins à la carrière soient anticipés;

En statuant sur une représentation paritaire sans concession entre les femmes et les hommes dans les postes à responsabilités élevées;

En proposant aux femmes et aux hommes davantage de postes à temps partiel, à tous les niveaux hiérarchiques.

 

3. Pour un respect du droit des femmes enceintes

« Où en êtes-vous au niveau de votre vie privée ? », « Voulez-vous des enfants ? », « Si vous voulez arrêter vos piquets, vous avez besoin d’un certificat de contre-indication. »

Ces 3 phrases ne sont pas des inventions, mais ont belle et bien été dites à des femmes lors d’entretiens d’embauche ou d’annonce d’une grossesse, ce que la loi interdit formellement ! Encore au XXIème siècle, dans un des pays les plus favorisés au monde, les femmes enceintes vivent un calvaire sur leur lieu de travail entre culpabilisation, pression et autre discrimination ne jouissant pas du cadre protecteur auquel elles ont droit. Pourtant, la Loi est on ne peut plus claire, mais semble être appliquée de manière trop laxiste par les professionnel.le.s qui régissent notre activité clinique. C’est pourquoi nous avons dédié le « Mot de l’avocat » de cette newsletter au rappel des droits et des obligations des femmes enceintes.

Nous vous proposons également en juin de participer à notre sondage évaluant, outre les situations de harcèlement/sexisme, les difficultés auxquelles vous ou vos collègues enceintes ont été confrontées.

 

Nous demandons :

Que la protection des femmes enceintes ne soit plus une option;

Que les conditions légales de travail de la femme enceinte soient appliquées de manière équivoque et automatique dès l’annonce à son/sa supérieur.e hiérarchique;

Que les Ressources Humaines en soient les garantes;

Que des mesures soient prises à l’encontre des services en cas d’atteinte aux droits de la femme enceinte.

 

4.Pour une tolérance zéro du harcèlement sexuel

Ce sujet a fréquemment été relayé ces derniers mois et les hôpitaux se montrent sensibles à développer des campagnes de prévention. Nous vous référons aux divers articles parus dans les médias ces derniers mois.

 

Nous demandons :

Que la sensibilisation des étudiant.e.s sur ce sujet se pérennise;

Que les médecins ayant des positions d’encadrement suivent une formation obligatoire sur cette problématique;

Que des mesures soient appliquées de manière automatique en cas d’atteinte aux droits de la personnalité des médecins.

 

5. Pour des mesures concrètes favorisant un droit à la parentalité équilibrée

Le projet familial concerne généralement les deux parents, de manière égale, donc l’investissement devrait être le même pour chacun d’entre eux. Cela mérite de considérer une réelle parité au sein de la famille, dès la l’arrivée de l’enfant. Or, dans notre système actuel, après la naissance, la femme se retrouve rapidement seule, le partenaire ne bénéficiant que de quelques jours pour accueillir son enfant et soutenir la mère. Rappelons qu’au niveau fédéral, l’homme a le droit à 1 jour de congé paternité pour la naissance de son enfant, autant qu’un déménagement ! Cet état de fait doit cesser et les hôpitaux, en tant que structure de soin publique, doivent montrer l’exemple en offrant automatiquement alternative équitable à chacun des parents.

 

Nous demandons :

L’introduction systématique d’un congé parental de 10 mois, à partager équitablement entre les deux parents;

Que le nombre de crèches soit augmenté et que ces dernières aient des horaires flexibles, compatibles avec l'activité clinique irrégulière des médecins.

 

L’ASMAC vous soutient dans vos projets familiaux

En tant que membre, votre association vous offre :

  • Un conseil juridique gratuit,
  • Un conseil en matière de conciliation vie privée/vie professionnelle,
  • Un service "Entremise de places de crèche",
  • L'ABC légal, brochure détaillant les aspects légaux de notre profession,
  • Le guide pratique pour les parents, brochure abordant les principaux thèmes liés à la famille,
  • Une plateforme pour les temps partiels, afin de faciliter le recrutement de médecins souhaitant travailler à temps partiel et de mettre en contact des médecins cherchant un binôme de jobsharing.

 

Pour plus d’information :  www.asmac.ch et www.asmav.ch.