Politique

Sondage auprès des membres actifs de l'ASMAV

Fin 2012, l’ASMAV a effectué un sondage auprès de ses membres actifs à l’occasion du 10ème anniversaire de la « grève des crayons » afin de faire le point sur la situation des conditions de travail et de la formation postgraduée dans les différents hôpitaux vaudois suite à l’introduction de la convention collective de travail (CCT) en 2003. Pour ce faire, un questionnaire électronique a été envoyé à tous les médecins assistant.e.s et chef.fe.s de clinique membres de l’ASMAV entre novembre et décembre 2012.

Parmi les 1237 membres actifs, 368 ont répondu, correspondant à un taux de participation de 30%. Ce taux de participation est considéré comme satisfaisant et est comparable aux taux retrouvés dans d’autres enquêtes ciblant la profession médicale.

Sur le plan sociodémographique et professionnel, la moitié des participants étaient des médecins assistants et l’autre des chefs de clinique (38% CDC et 13% CDC adjoints) et 58% étaient des femmes. La plupart des répondants (75%) travaillaient au CHUV (ou dans les structures associées: PMU-HEL) et 12% dans des hôpitaux de la Fédération des Hôpitaux Vaudois (FHV). Les médecins travaillant en médecine interne étaient surreprésentés avec 23.5% des répondants y travaillant, venant ensuite la pédiatrie (15.5%), la psychiatrie (9.2%), la pédopsychiatrie (6.7%) puis l’anesthésie (5%). Par contre, aucune spécialité interventionnelle (chirurgie, gynécologie) n’apparaît dans les hauts répondants. En chiffres absolus, 98 médecins internistes (englobant les sous-spécialités) ont répondu contre 24 chirurgiens (toutes chirurgies confondues, y compris gynécologie).

 

Importance des actions et prestations de l’ASMAV:

Les trois principales actions pour lesquelles les membres souhaitent que l’association s’investisse sont:

  • la défense et la promotion de la formation post-graduée (76%)

  • la défense et le contrôle de l’application de la CCT (70%)

  • un service juridique avec conseil gratuit pour les membres (47%)

 

Conditions de travail:

En moyenne, 47.4 heures de travail hebdomadaires sont planifiées pour les médecins travaillant à temps plein mais, concrètement, 53 heures hebdomadaires sont effectuées. Les écarts à la limite maximale de 50 heures par semaine sont, en moyenne, de 2.7 heures par semaine. Il convient ici de rappeler la sous-représentation des disciplines interventionnelles fréquemment connues pour générer plus d’heures supplémentaires. Comparé au dernier sondage réalisé par l’ASMAV en 2006,  nous observons une légère amélioration car les médecins travaillant entre 55-60h étaient 29.3% en 2006 contre 20.4% en 2012. Malgré cette tendance positive vers une diminution des heures supplémentaires, il reste le constat que presque la moitié des médecins (45%) font toujours des heures supplémentaires. De plus, nous constatons une augmentation de ceux qui travaillent plus de 60h/semaine (20.4% en 2012 contre 17% en 2006).

Le tableau ci-dessous met en évidence les motifs d’heures supplémentaires invoqués par les membres. La surcharge des tâches administratives est citée loin devant, toujours en augmentation comparée à 2006 où déjà 53% des médecins l’invoquaient comme raison principale des heures supplémentaires.

 



 

 

 

 

 

 

Un quart des participants indique ne pas avoir de moyen technique pour noter les heures de travail effectuées (36% FHV et 17% CHUV) et plus d’un tiers (36%) affirme ne pas noter toutes les heures supplémentaires effectuées, principalement en raison de l’absence de compensation. Les motifs invoqués sont exposés dans le tableau ci-dessous:



 



 



De manière cohérente, et comme le montre le graphique ci-dessous, la compensation des heures supplémentaires ne se fait de manière complète que dans moins de 30% des cas, 60% des heures supplémentaires n’étant pas du tout compensées ou de manière incomplète.

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 



Deux tiers des répondants (65%) sont appelés à faire du travail de piquet dont les heures semblent être mieux compensées que les heures supplémentaires. Cependant, la moitié des médecins qui font du travail de piquet sont appelés à intervenir en moins de 30 min, ce qui correspond, dans les faits, à du travail de garde.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le taux moyen d’activité est de presque 90% avec la moitié des femmes travaillant à temps plein contre 90% chez les hommes. Cependant, presque la moitié du collectif (46%) souhaiterait travailler à temps partiel et ceci autant chez les hommes (42%) que chez les femmes (52.5%). Deux tiers des femmes et 75% des hommes qui ont ce souhait n’ont jamais postulé à un poste à temps partiel de peur d’être considérés comme moins engagés, moins intéressés et moins résistants.

Le niveau de satisfaction professionnelle atteint 7/10 mais 40% des personnes sondées ont déjà envisagé de changer de profession! Les raisons invoquées sont, entre autres, liées à l’absence de reconnaissance (hiérarchie, salaire), au stress, à la charge de travail (notamment administrative), au nombre d’heures travaillées, à l’absence de vie sociale, à l’incompatibilité avec la vie familiale ou à la suite d’un burn-out.

 

CCT:

Les horaires planifiés correspondent dans deux tiers des cas (67%) complètement à la convention collective de travail et dans 60% des cas la CCT correspond partiellement à l’attente des répondants en terme de conditions de travail. Les deux principaux changements souhaités concernant la CCT sont: la modification du temps de travail (heures planifiées, heures supplémentaires, piquets) et la rémunération.

 

Formation post-graduée

Un tiers des répondants (dont 65 % qui travaillent dans les hôpitaux de la FHV) n’ont pas signé de plan de formation post-graduée. Cependant, 80% des sondés affirment avoir eu un entretien d’évaluation au cours des 12 derniers mois et une large majorité (80%) des participants affirme avoir pu discuter du plan de carrière avec leur chef.fe de service (différence significative en fonction du sexe car 25% des femmes ont répondu négativement contre 13% des hommes).

Les sondés affirment globalement (84%) être satisfaits de leurs conditions de formation post-graduée et pouvoir assister aux cours de formation théorique (80%) mais ceux-ci sont en moyenne de 2.4 heures par semaine alors que la CCT exige 3 heures. Il est à noter qu’il existe une disparité sur ce point entre le CHUV qui propose 3 heures par semaine et les hôpitaux de la FHV qui n’en proposent que 1.7 heures en moyenne.

 

Comparaison 2006-2012:

Suite à une étude comparable effectuée en 2006, un des objectifs du sondage de 2012 était d’analyser l’évolution des conditions de travail et de formation dans le canton de Vaud. Nous observons une poursuite de la tendance à la féminisation de la profession avec une augmentation des médecins assistantes (de 51.4% à 59.8%) et des cheffes de clinique (de 48.8% à 56%) déjà majoritaires en 2006 et, d’une manière probablement réactionnelle, une diminution du nombre de médecins à plein temps (de 82.3% à 68.9%).

Concernant les heures de travail, la proportion de médecins travaillant moins de 50 heures est restée stable entre 2006 et 2012 (15.4% et 15.5%). Cependant, la tendance est tout de même « relativement positive » car les dépassements à la limite légale se situent, en 2012, le plus souvent dans la catégorie 50-55 heures alors que précédemment ils étaient plus présents dans la catégorie 55-60 heures.

 

Conclusion:

En conclusion, nous observons que les horaires semblent, pour la population des médecins ayant répondu, fréquemment correspondre aux exigences de la CCT mais que la moitié des médecins environ travaillent, effectivement, encore plus de 50 heures par semaine. Il est également important de constater que beaucoup d’heures supplémentaires ne sont pas compensées et que l’offre de formation doit être améliorée notamment dans les hôpitaux régionaux.

Ce sondage n’est pas représentatif des professions interventionnelles au vu du taux de participation de ces derniers. Sachant que le nombre d’heures est fréquemment plus élevé dans ces services, nous pouvons suspecter que le nombre d’heures de travail par semaine est sous évalué dans ce sondage. Ceci d’autant plus qu’un tiers des médecins indique ne pas déclarer leurs heures supplémentaires. Nous observons également que les médecins souhaitent diminuer leur temps de travail et que la conciliation vie professionnelle et vie familiale est de plus en plus importante à leurs yeux.

Il est également important de constater que les conditions de travail difficiles et l’absence de reconnaissance du travail sont des éléments importants qui interpellent les médecins et qui les poussent, parfois, à reconsidérer leur profession.

 

En bref :

  • Les médecins travaillent trop et souhaitent travailler moins

  • Le nombre d’heures travaillées dépasse souvent la limite légale

  • Il est encore fréquent que les heures supplémentaires ne soient pas compensées

  • Concernant les heures de travail, il n’y a eu que peu de changement depuis 2006

  • La formation post-graduée théorique est globalement appréciée mais insuffisante en nombre d’heures

  • Les questions de politiques familiales sont très importantes

  • Le temps partiel est encore réservé aux femmes, malgré le souhait des hommes d’en faire

  • Beaucoup de médecins envisagent ou ont envisagé de changer de profession

Laure Jaton