Actualité & Politique

La vie nocturne au CHUV

Par la Dre Alexandra Mihalache

 

Les bruits dans le couloir s’approchent. Elles parlent fort et éclatent de rire – elles n’ont pas dû réaliser qu’il y avait encore quelqu’un. Puis, l’une des femmes de ménage arrivant devant le bureau, interrompt, surprise, ce qu’elle était en train de raconter à sa collègue. “Oh, pardon! Vous êtes encore là? On peut vite changer les poubelles?” Bien sûr qu’elles peuvent. Je jette un coup d’œil vers l’heure affichée au coin de l’ordinateur. 20h17. Grand temps de laisser tomber le 3ème rapport AI de la soirée et d’envisager le retour à domicile dans les meilleurs délais.

Je regarde par la fenêtre, la nuit a déjà envahi le monde extérieur. Le flux des voitures sur la rue de Bugnon s’est calmé et les lumières de l’autre côté de la rue (la patho?) se sont successivement éteintes. Je fais de même avec mon ordinateur, accroche ma blouse derrière la porte (vraiment, ça fait deux semaines qu’il faut que je la change!), je prends mon manteau, le sac, - un article à lire ce soir avant d’aller au lit? après un petit moment d’hésitation, je renonce. C’est assez pour aujourd’hui, et avec le téléphone de garde dans la poche, je risque d’être replongée dans la médecine plus tôt que je ne le voudrais de toute façon… Le bruit de la porte derrière moi, puis s’ensuit le petit exercice physique de la soirée: échapper à la PMU en essayant de pousser fort la porte du 07 qui ne veut pas s’ouvrir! C’est comme si quelqu’un n'acceptait pas qu’on cherche son bonheur (parfois) ailleurs. Périodiquement, on peut observer des techniciens qui tentent de réparer le mécanisme électronique de cette porte, qui se bloque systématiquement après 19h – ça n’a pas l’air de porter ses fruits… Ce dernier obstacle surmonté, me voilà enfin en route pour la maison.

03h48. “Vraiment désolé mais on a besoin de toi.” Il m’a fallu plusieurs secondes pour entendre le bruit du téléphone (pourtant si familier), décrocher, puis réaliser que la voix à l’autre bout du fil me demande de quitter mon lit bien chaud, sortir dans le froid de la nuit et retourner au CHUV. Ma deuxième moitié se retourne et murmure “Ils ne peuvent pas faire ça tout seuls?”, puis quelque chose d’incompréhensible, puis… se rendort.

Traverser Lausanne la nuit, c’est plus plaisant que le jour. Peu de trafic. Mais en revanche gare aux jeunes qui font la fête et traversent la rue sans trop se poser de questions, sans regarder surtout. La foule devant le Zinc est à son apogée. Quelques futurs candidats pour les urgences, sans doute. On verra au petit matin. A l’entrée du 05, la réceptionniste me regarde d’un air dubitatif. Mais, mon pas décidé semble lui faire comprendre que je dois, en quelque sorte, faire partie de la maison. Le grand monsieur aux épaules larges paraît moins convaincu. Il me suit jusqu’à mon bureau puis apparaît dans le cadre de la porte quand je suis en train d’enfiler ma blouse (vraiment, il faut que je la change!). “Je pourrais voir votre badge, s’il vous plait?” Je lui montre l’objet de convoitise et hésite intérieurement entre l’agacement et le sentiment pas désagréable de travailler dans un endroit protégé. Il hoche sa tête. “Merci. Au revoir.” Pas un homme très causant…

Je file vers l’unité 2. En passant par les couloirs, on traverse les urgences. Ça a l’air d’être une nuit calme pour eux; pas de déchoc en cours, ça discute, ça grignote des p’tits gâteaux. “Salut.” “Salut! Tu viens pour une consulte ou tu es insomniaque?” Finalement, j’arrive aux soins, je cherche : derrière un rideau, le technicien d’endoscopie. „Ils ne t’ont pas laissée tranquille, hm?“ Je souris un peu, consciente de mon teint un peu pâle et de mes cheveux mal coiffés. Puis c’est masque, gants, blouse – et voilà l’assistante des soins. “Hello! Ça va? Réveillée? On est prêts. Tu reste pour un petit café après?”. Quelle énergie! Café!? Mais, ils ne dorment jamais, ces gens? Moi, je rêve de mon lit et crains déjà la consultation de demain matin… “C’est très aimable. Volontiers la prochaine fois!” Elle viendra vite, cette prochaine, puisqu’une deuxième demande s’enchaîne.

Quand je me dirige, deux heures plus tard, vers la sortie du bâtiment, les premières machines de nettoyage sont en route dans les couloirs. Ça ne doit pas être un métier facile… Lorsque je travaillais aux urgences, ce bruit annonçait la fin de la nuit, l’arrivée proche du petit déj et de la sieste. Maintenant, je ne peux pas m’empêcher de compter les rares heures qui me restent avant qu’une journée “normale” ne recommence. En sortant par la porte tournante des urgences, j’aperçois de l’autre côté la gastro qui arrive. Petits yeux, un pas pressé. La prochaine victime du téléphone rouge!

Je rentre. La Punto traverse à nouveau la Place St François. La queue devant le Zinc a disparu,  les derniers petits groupes d’oiseaux de nuit sont en train de se disperser.

Deux heures plus tard, le réveil sonne. A brand new day in paradise.

Update sur les conditions de travail

Mercredi 2 septembre, l’ASMAC a déposé les signatures récoltées dans le cadre de la campagne « hôpitaux hors-la-loi » au Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO). Plus de 24'000 signatures ont été récoltées en 3 mois de campagne, reflétant ainsi le large soutien de nos revendications dans la population suisse. Grâce à vous, nous avons pu montrer au Conseil Fédéral que la population suisse souhaite de meilleures conditions de travail pour les médecins assistant.e.s et les chef.fe.s de clinique.

Pour rappel, les signataires demandaient au Conseiller Fédéral M. Schneider Amman, ministre de l’économie, d’effectuer des contrôles dans les différents hôpitaux de Suisse pour s’assurer que la loi sur le travail y soit respectée.

La Dre Anja Zyska Chérix, présidente de l’ASMAV, a  participé à un débat radiophonique sur ce sujet mercredi 2 septembre à la RTS dans l’émission forum (lien) ainsi qu’à  l’émission « quinze minutes » diffusé le 5 septembre à la RTS (lien).

L’ASMAV est toujours active pour essayer d’améliorer les conditions de travail des médecins assistant.e.s et des chef.fe.s de clinique, par exemple, en négociant au mieux de nouvelles Conventions Collectives de Travail (CCT) ou en se réunissant régulièrement avec les directions des différents hôpitaux vaudois. Nous essayons d’amener sur la scène médiatique la problématique des horaires de travail des médecins assistant.e.s (MA) et des chef.fe.s de clinique (CDC) par exemple, à travers l’article « Trop d’heures sup dans les hôpitaux vaudois » en Une du 24heures le 29 décembre dernier.

De plus, grâce aux MAs ou CDCs qui nous ont fait part des problèmes d’heures supplémentaires ou d’horaires de travail illégaux dans certains services ou hôpitaux, nous avons pu interpeller la direction des différents hôpitaux avec des exemples concrets afin qu’ils changent ces fonctionnements. Nous vous invitons donc toutes et tous à nous communiquer les non respects de la loi sur le travail (LTr) et de la CCT.

Concernant vos contrats de travail, nous vous rappelons qu’en vertu de la Convention Collective de Travail (CCT) les contrats de travail dans le canton de Vaud sont des contrats à durée indéterminée avec des plans de formations annexés qui, eux, définissent la durée de la période de formation prévue dans le service en question. Formellement, le médecin assistant doit alors recevoir une lettre de résiliation du contrat de travail 3 mois avant la fin de la période de formation prévue. De plus, suite aux questions de plusieurs membres, nous vous rappelons que les clauses des contrats ne peuvent pas déroger aux règles impératives découlant d’une loi ou d’une convention collective. Concrètement, cela signifie que même s’il est noté sur un contrat que vous devez effectuer toutes les heures imposées par le service et la hiérarchie cela ne signifiera absolument pas que ces dernières peuvent dépasser le cadre légal.

Nous vous rappelons que le comité de l’ASMAV ainsi que son avocat Me Mangold sont toujours à votre disposition en cas de question en lien avec les conditions de travail ou la formation post-graduée.

Ancien membre de l'ASMAV: portrait

S’engager à l’ASMAV : dans quel intérêt ? Comment trouver le temps ?  Faut-il s’y connaître ? Quel risque pour ma carrière ?  …
Toutes ces questions habituelles et légitimes apparaissent lorsque l’on réfléchit à la possibilité de s’investir dans l’ASMAV. Nous vous proposons des pistes de réponses à travers des interviews d’anciens membres actifs de l’ASMAV.

 

Retour sur le portrait du Dr Kim De Heller, ancien vice-président de l'ASMAV.


Peux-tu faire un résumé de ton parcours professionnel et personnel ?

Je n’aurais jamais pensé faire médecine…. Après 6 mois de « découvertes » à HEC St-Gall, des voyages, 2 ans à « transports Handicaps » , une formation en cours d’emploi à l’EESP (Ecole d’études sociales et pédagogiques) puis un travail comme animateur social dans un EMS en psychogériatrie, les circonstances m’ont fait (enfin ?) réfléchir à mon avenir. A 24 ans, sur suggestion d’une amie, je m’inscris en fac de médecine à Lausanne…  retour sur les bancs d’uni après 5 ans d’autonomie, une épreuve ! Mais la motivation donne la force de surmonter beaucoup de choses. Mon souhait était de devenir médecin de village, des gens, de la communauté ! En 1996, diplôme obtenu, début de l’assistanat en périphérie.
Je me souviens que mes patrons m’avaient proposé de faire un remplacement de 6 mois dans leur service tout en faisant les gardes où, seuls, on gérait les urgences et l’hôpital. Petit calcul : Avec un salaire de médecin assistant et le nombre d’heures qu’on faisait…. j’arrivais à un salaire de moins de 14.- CHF/heure… pour un médecin! Et je payais ma femme de ménage 20.- CHF/heure. A ce moment est né le début de ma réflexion : il y a un « bug », comment faire changer les choses !
Je termine mon assistanat en périphérie, suite à quoi  PMU, DMI, CDC en périphérie et retour comme CDC à la PMU. Et enfin en 2004 installations dans un cabinet de groupe à Lausanne avec une patientèle fidèle qui me rends beaucoup.

Quand t’es-tu engagé dans le comité de l’ASMAV et quels postes occupais-tu ?

Avant l’ASMAV, je faisais partie de l’AEML, notamment dans la commission concernant les études de médecine. J’ai vite été membre de l’ASMAV dès mon retour sur Lausanne, c’est à l’époque le Dr Matter, ancien Président, qui m’a empêché de m’y échapper !! Il commençait déjà la réflexion avec l’ASAMC sur la loi sur le travail pour les médecins assistants. Objet qui semblait hors réalité à l’époque. « Mon Dieu, soyez déjà heureux qu’on vous forme, alors bossez et taisez-vous ! » étaient les phrases usuelles. Il n’y avait pas de limite d’heures. Puis, a débuté « la grande Guerre » ; réflexion, négociation, information, combat, menaces, grève, médias, défilés, manifestations, pour finalement arriver à une convention entre l’Etat de Vaud, les hospices, la FHV et les médecins permettant l’introduction de la loi sur le travail, en 2003. Nous étions un comité soudé de 8 à 10 personnes, avec une avocate engagée (Me Novier). J’étais un des deux vice-présidents. Après ce dur combat l’ASMAV a faibli, épuisée. Chacun d’entre nous qui avions sacrifiés nos projets à ce combat particulier se sont remis sur leurs routes. En 2004, l’arrivée du Dr Wilson l’a remise sur les rails.

Pourquoi t’es-tu engagé dans le comité de l’ASMAV ?

Faire partie de l’ASMAV, c’est participer à l’amélioration de la condition de notre statut, fonction, rôle et cadre. Mon expérience de salaire horaire mentionnée au début y a probablement été un des moteurs. Mais râler dans mon coin sur des défauts de ma fonction n’aide pas, hormis augmenter une frustration éventuelle. Par contre, participer à la réflexion au sein d’une structure qui peut être entendue permet de défendre activement ses opinions. Faire bouger et avancer les choses de manière constructive. La preuve en a d’ailleurs été là avec la signature de la convention cadre ayant abouti à la situation actuelle, meilleures conditions, salaire digne et maintien de la qualité de la formation. Sans l’ASMAV cela n’aurait pas été possible, il était donc logique de s’y engager !

Quelles sont les actions de l’ASMAV qui t’ont le plus marqué lors de ton implication dans le comité ?

Indéniablement, toutes les négociations et réflexions puis, la mise en application de la Loi sur le travail des MA. Autant au sein des hôpitaux avec les cadres des services, puis avec l’administration, et finalement avec les Politiques et l’Etat. Toutes ces étapes sont à chaque fois une découverte des soucis et craintes des « autres », les partenaires, pour qui il faut chaque fois trouver une solution afin qu’ils acceptent de bouger avec nous.
Les négociations avec les conseillers d’Etat jusqu’à tard dans la nuit, quitter la table de négociation en tapant du poing, pour se faire rappeler avec un petit acquis de plus. Parler au TJ pour essayer de convaincre la population du bienfondé de notre action et garder les gens avec nous lors de notre grève des crayons. Réfléchir sur les stratégies à prendre et les communiquer dans des auditoires et parfois dans la rue ! Finalement la grève des crayons… Un bras de fer mémorable. C’était du 24/24H. Puis, trouver des solutions acceptables pour tous. Un juste milieu. Jusqu’aux signatures de la convention. Apprendre et découvrir les soucis des autres partenaires, leurs problèmes, leurs freins, passionnant !

Qu’as-tu appris de ton implication dans l’ASMAV ?

Nos soucis sont aussi souvent les soucis des autres. Mais pour avancer, il faut faire avec les freins et les forces des autres. L’art du compromis. Beaucoup de collègues merveilleux avec des facettes méconnues qui les honorent. J’ai aussi appris à mieux connaitre cette grande institution que sont les hospices et son implication avec l’Etat. Qu’avec conviction et solidarité on peut soulever des montagnes. Trouver les justes vitesses. La patience et la persévérance.

Est-ce que ton implication dans l’ASMAV a modifié tes projets de carrière ?

Cela m’a plutôt aidé à prendre des décisions après avoir pu explorer plus intensément les mécanismes autour de la santé, les implications de corporations qui m’étaient abstraites, les limites des structures environnantes. Impliqué activement dans un mouvement qui a bouleversé un équilibre, changé les acquis, a forcément créé des frustrations, donc quelques animosités. C’est vrai que la veille de ma nomination comme médecin associé en 2004, on est venu m’informer qu’un véto institutionnel, jamais avoué, refusait ma nomination. Cela a été probablement le prix à payer de mon implication engagée. Mais dans le fond cela m’a grandi et renforcé dans mes convictions. Je ne regrette rien, au contraire, ce fut une merveilleuse expérience qui m’a procuré de nombreux soutiens ailleurs et probablement poussé bien plus en avant. Je me souviens d’une phrase dans les corridors du Prof Darioli qui me dit « dans votre combat actuel, vous vous ramasserez quelques coups tordus, mais vous aurez beaucoup appris et progressé au final ». C’était vrai. Et cela m’a aidé à m’installer comme indépendant, tout en gardant un pied dans l’institution, et par la suite continuer à défendre mes idées et ma profession dans la SVM.

Avec les horaires de médecin assistant (et une famille), comment trouver du temps pour participer à des activités extra-professionnelles?

C’était plus difficile avec les horaires d’avant sans la LTr, mais comme CDC et avec un patron soutenant, dans la discussion, on arrive à trouver du temps. Merci à eux. Ma famille n’a jamais été délaissée, mes enfants furent une ressource pour vouloir arriver à de meilleures conditions permettant finalement de les voir plus. Il était également important pour moi que mes futures collègues puissent avoir une vie de famille décente. Il faut s’organiser, faire quelques concessions, mettre des limites. C’est aussi un apprentissage.

Pourquoi est-ce important de s’engager dans l’ASMAV selon toi ?

Pour maintenir ses acquis il faut en faire partie. C’est la défense de notre corporation. Nous faisons partie d'une profession impliquée dans la société. On ne vit pas en autarcie. On doit tous apporter une pierre, aussi petite soit-elle, à la corporation. Et si on souhaite des changements… c’est la seule solution pour avancer. L’union fait la force, chacun apporte ses compétences et son savoir pour trouver des solutions. Sans l’ASMAV, nous n’en serions pas où nous sommes aujourd'hui !

Si tu devais recommencer, referais-tu partie du comité de l’ASMAV?

Oui, sans hésiter. Une merveilleuse expérience de vie et connaissance de l’environnement et des structures nous entourant. Que des découvertes. Que du progrès. Continuez le travail, impliquez-vous, défendez vos idéaux et intérêts pour votre profession et le bien de tous.

Présentations du colloque sur la formation post-graduée du 15 septembre 2015

Présentations du colloque sur la formation post-graduée médicale du 15 septembre 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le lien ci-dessous, vous retrouverez toutes les présentations des orateurs présents au colloque sur la formation post-graduée médicale, s'étant tenu le 15 septembre 2015 sous l'égide du service de la santé publique du canton de Vaud.

Etaient présents des responsables politiques, de la FMH, des institutions formatrices et des médecins-assistants.