Actualité & Politique

Être médecin - entre rêve et réalité

Médecin... Avant de commencer les études, on imagine le praticien en blouse blanche, ouverte au vent, qui va sauver des vies. Le public voit plutôt le médecin comme quelqu’un qui vous fait attendre, qui n’est jamais à l’heure et qui, en plus, coûte très cher. Bien sûr, on a trente minutes de retard parce qu’on a papoté autour de la machine à café ! Mais la vraie vie, c’est autre chose…


Vous connaissez tous la petite phrase : « C’est juste pour… une ordonnance… ou une signature… ou un patient qui appelle juste pour… » et finalement vous passez une demi-heure à régler le problème, voire plus. Entre-temps, votre téléphone aura sonné trois fois. Donc difficile de retrouver le fil de ce que l’on était en train de faire. Impossible de tenir un horaire ! Côté efficacité du travail, on trouve mieux… ! Voilà une raison d’avoir du retard…
Une situation en particulier : le bip de garde. Un supplice chinois ! Dès que vous le reprenez le matin (ou le soir), ça sonne. Et ça ne va plus s’arrêter jusqu’au moment où vous allez passer le flambeau au collègue qui vient vous relayer. A tel point que vous n’osez même plus aller aux toilettes sans que cet engin de malheur ne sonne. Comment faites-vous quand on vous appelle pour demander un avis, que vous devez aller voir le patient, étudier son dossier, trouver votre superviseur pour en discuter avec lui et conclure la consultation, tout en vous faisant interrompre au moins dix fois, pour des prétextes urgents bien entendu : « je vous appelle parce que le patient a une thrombopénie à 50 G/l…. depuis 2 semaines… » Mais c’est vendredi, 17h, et il faut la solution tout de suite. C’est vrai qu’il y a quand même des appels justifiés, mais on a été tellement sollicité que ce n’est plus un plaisir d’avoir un « joli cas », mais une irritation supplémentaire. Et là, on se souvient du terme « conditions de travail », des pauses réglementaires qu’on n’a jamais pu prendre. Lorsqu’on trouve le temps de manger un sandwich sur le pouce et d’avaler un verre d’eau, on est content.


Et on ne parle même pas des cours de formation continue. Rares sont les fois où on peut suivre le propos de l’orateur du début à la fin. Bien entendu, le téléphone va vous interrompe au moins une fois. Difficile de suivre le propos et parfois même de le comprendre.


Alors, quand le bip se calme (si, si, ça existe !), on apprécie d’autant mieux de pouvoir faire son travail d’un bout à l’autre, en le faisant correctement. On apprécie les moments passés avec les collègues à midi et le contact avec les patients. On apprécie d’être un être humain normal, et non pas une machine à répondre au téléphone.

Bilan des activités de l'ASMAV 2015

Conditions de travail

Horaire fixe : En août 2015, le chef du Département de la Santé et de l’Action Sociale (DSAS), le Conseiller d'Etat Pierre-Yves Maillard, a proposé l’introduction d’un horaire hebdomadaire fixe pour les médecins assistant.e.s et les chef.fe.s de clinique. Pour rappel, la Convention Collective de Travail (CCT) actuellement en vigueur définit le temps de travail comme : « la durée du travail hebdomadaire peut varier entre l’horaire normal du personnel de l’hôpital concerné et cinquante heures. Les heures effectuées entre les deux sont des heures supplémentaires qui ne donnent lieu ni à compensation, ni à rémunération ». Selon le chef du département, cette situation est à l’origine d’une inégalité, car le médecin qui travaille 41h30 par semaine recevra le même salaire que celui qui travaillera 50h par semaine. De plus, la situation actuelle pose un problème de compensation des heures supplémentaires car, par exemple, pour récupérer 4 heures supplémentaires le médecin doit faire une semaine de 37h30 (41h30 – 4h), ce qui rend une compensation des heures supplémentaires en temps difficile pour les services. La situation actuelle complique la tâche des personnes qui font les horaires et induit un flou (dans plusieurs service l’horaire « normal » est de 50h).

Après avoir longuement débattu de cette question, le comité de l’ASMAV a décidé de débuter les négociations afin d’introduire un horaire fixe par semaine. Cependant, pour le comité de l’ASMAV, le problème principal reste l’application de la loi. De plus, l’allégement des tâches administratives, l’engagement de plus de personnel et la réorganisation des services demeurent des points centraux à l’amélioration des conditions de travail selon l’ASMAV.


Les négociations d’une nouvelle convention fixant les conditions de travail (CCT) avec la fédération des hôpitaux vaudois reconnus d’intérêt public (FHV) ont occupé l’ASMAV pendant toute l’année 2015 et un accord est à bout touchant. Les deux points en suspens sont les indemnités pour le travail de nuit et de weekend et l’horaire fixe.

Pour renforcer notre activité sur le terrain, des visites dans différents hôpitaux du canton ont eu lieu en 2015 (Vevey, Yverdon et Payerne). Notre juriste et notre secrétaire générale ont animé des colloques d’information pour les médecins assistant.e.s et chef.fe.s de clinique concernant les activités de l’ASMAV. De vives discussions autour des conditions de travail et de la formation post-graduée ont eu lieu lors de ces rencontres. Nous avons l’impression que ces visites ont largement été appréciées.

Si vous souhaitez organiser une visite dans votre service / hôpital, contactez-nous :

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Enfin, nous avons continué avec nos « activités quotidiennes » : interpellations de la direction du CHUV et d’autres hôpitaux concernant des irrégularités en lien avec les conditions de travail, soutien, notamment juridique, des membres et suivi et soutien des mesures visant à augmenter les postes à temps partiel etc.


Formation post-graduée

L’organisation de la formation post-graduée en Romandie, mais également au niveau national, est un sujet qui anime la scène médicale et politique. Sur le plan politique (notamment en raison de la pénurie des médecins de famille dans certaines régions), il y a une volonté d’améliorer le pilotage de la répartition des médecins.

Le Prof. Pierre-André Michaud, professeur émérite de la médecine des adolescents a nouvellement été mandaté par le Service de la Santé publique du canton de Vaud pour « l’optimisation des parcours de formation post-graduée en Suisse Romande ». Le mandat vise à déterminer comment organiser de façon rationnelle la formation post-graduée notamment dans le champ de la médecine de premier recours au sens large (y.c. la pédiatrie, la gynécologie ou la psychiatrie), pour limiter sa durée et l’adapter de la manière la plus optimale aux besoins de la population.

Dans ce contexte a eu lieu une journée de réflexion au mois de septembre, où se sont rencontrés des politiciens, des membres de l’ISFM (Institut Suisse pour la formation médicale post-graduée) ainsi que des représentants des médecins en formation de l’ASMAV et l’AMIG (association genevoise) pour échanger des idées et discuter autour d’une table ronde.

Les sujets abordés étaient les modèles des filières dans la formation post-graduée, les circuits/cursus pré-organisés de formation, la formation des médecins cadres des hôpitaux non universitaires et le mentoring des médecins sans projet professionnel.

La thématique est complexe car elle intègre différents aspects (coûts, profession libérale, santé publique, système politique…), d’autant plus que les chiffres actuels, concernant l’offre (nombre de médecins) et la demande (besoins de la population) sont passablement lacunaires.

En conclusion, l’ASMAV s’est montrée sceptique face aux efforts de pilotage de la formation médicale post-graduée mais continue à participer aux discussions concernant la formation post graduée et poursuit ses réflexions quant à son optimisation.


Installation en cabinet

En septembre a eu lieu la troisième édition des modules de formation à l’installation en cabinet. Cette formation a battu des records de participation et a été particulièrement appréciée. Il est prévu de pérenniser cette formation, rendez-vous en septembre 2016 pour la prochaine édition.

La brochure « Ouverture d’un cabinet médical – mode d’emploi pratique », dont la dernière version date de 2009, sera rééditée dans le courant de l’année 2016.

De plus, nous continuons à participer aux réflexions concernant l’installation en cabinet en participant à la « plateforme cantonale de médecine de famille et de l’enfance », au « cursus romand de médecine de famille » et au COPIL pour le programme vaudois d'assistanat au cabinet. Nous bénéficions également d’un siège au conseil de fondation de la « Fondation Avenir Santé ». Cette fondation, créée en 2015, est issue d’un partenariat public-privé avec d’un côté la Société Vaudoise de Médecine (SVM) et d’un autre le Département de la Santé et de l’Action Sociale (DSAS). Ses buts sont de favoriser la relève médicale dans le canton de Vaud et l’étude de nouvelles formes d’organisation de la pratique médicale, afin de promouvoir des offres qui sont  adaptées aux besoins de la population vaudoise.

La vie nocturne au CHUV

Par la Dre Alexandra Mihalache

 

Les bruits dans le couloir s’approchent. Elles parlent fort et éclatent de rire – elles n’ont pas dû réaliser qu’il y avait encore quelqu’un. Puis, l’une des femmes de ménage arrivant devant le bureau, interrompt, surprise, ce qu’elle était en train de raconter à sa collègue. “Oh, pardon! Vous êtes encore là? On peut vite changer les poubelles?” Bien sûr qu’elles peuvent. Je jette un coup d’œil vers l’heure affichée au coin de l’ordinateur. 20h17. Grand temps de laisser tomber le 3ème rapport AI de la soirée et d’envisager le retour à domicile dans les meilleurs délais.

Je regarde par la fenêtre, la nuit a déjà envahi le monde extérieur. Le flux des voitures sur la rue de Bugnon s’est calmé et les lumières de l’autre côté de la rue (la patho?) se sont successivement éteintes. Je fais de même avec mon ordinateur, accroche ma blouse derrière la porte (vraiment, ça fait deux semaines qu’il faut que je la change!), je prends mon manteau, le sac, - un article à lire ce soir avant d’aller au lit? après un petit moment d’hésitation, je renonce. C’est assez pour aujourd’hui, et avec le téléphone de garde dans la poche, je risque d’être replongée dans la médecine plus tôt que je ne le voudrais de toute façon… Le bruit de la porte derrière moi, puis s’ensuit le petit exercice physique de la soirée: échapper à la PMU en essayant de pousser fort la porte du 07 qui ne veut pas s’ouvrir! C’est comme si quelqu’un n'acceptait pas qu’on cherche son bonheur (parfois) ailleurs. Périodiquement, on peut observer des techniciens qui tentent de réparer le mécanisme électronique de cette porte, qui se bloque systématiquement après 19h – ça n’a pas l’air de porter ses fruits… Ce dernier obstacle surmonté, me voilà enfin en route pour la maison.

03h48. “Vraiment désolé mais on a besoin de toi.” Il m’a fallu plusieurs secondes pour entendre le bruit du téléphone (pourtant si familier), décrocher, puis réaliser que la voix à l’autre bout du fil me demande de quitter mon lit bien chaud, sortir dans le froid de la nuit et retourner au CHUV. Ma deuxième moitié se retourne et murmure “Ils ne peuvent pas faire ça tout seuls?”, puis quelque chose d’incompréhensible, puis… se rendort.

Traverser Lausanne la nuit, c’est plus plaisant que le jour. Peu de trafic. Mais en revanche gare aux jeunes qui font la fête et traversent la rue sans trop se poser de questions, sans regarder surtout. La foule devant le Zinc est à son apogée. Quelques futurs candidats pour les urgences, sans doute. On verra au petit matin. A l’entrée du 05, la réceptionniste me regarde d’un air dubitatif. Mais, mon pas décidé semble lui faire comprendre que je dois, en quelque sorte, faire partie de la maison. Le grand monsieur aux épaules larges paraît moins convaincu. Il me suit jusqu’à mon bureau puis apparaît dans le cadre de la porte quand je suis en train d’enfiler ma blouse (vraiment, il faut que je la change!). “Je pourrais voir votre badge, s’il vous plait?” Je lui montre l’objet de convoitise et hésite intérieurement entre l’agacement et le sentiment pas désagréable de travailler dans un endroit protégé. Il hoche sa tête. “Merci. Au revoir.” Pas un homme très causant…

Je file vers l’unité 2. En passant par les couloirs, on traverse les urgences. Ça a l’air d’être une nuit calme pour eux; pas de déchoc en cours, ça discute, ça grignote des p’tits gâteaux. “Salut.” “Salut! Tu viens pour une consulte ou tu es insomniaque?” Finalement, j’arrive aux soins, je cherche : derrière un rideau, le technicien d’endoscopie. „Ils ne t’ont pas laissée tranquille, hm?“ Je souris un peu, consciente de mon teint un peu pâle et de mes cheveux mal coiffés. Puis c’est masque, gants, blouse – et voilà l’assistante des soins. “Hello! Ça va? Réveillée? On est prêts. Tu reste pour un petit café après?”. Quelle énergie! Café!? Mais, ils ne dorment jamais, ces gens? Moi, je rêve de mon lit et crains déjà la consultation de demain matin… “C’est très aimable. Volontiers la prochaine fois!” Elle viendra vite, cette prochaine, puisqu’une deuxième demande s’enchaîne.

Quand je me dirige, deux heures plus tard, vers la sortie du bâtiment, les premières machines de nettoyage sont en route dans les couloirs. Ça ne doit pas être un métier facile… Lorsque je travaillais aux urgences, ce bruit annonçait la fin de la nuit, l’arrivée proche du petit déj et de la sieste. Maintenant, je ne peux pas m’empêcher de compter les rares heures qui me restent avant qu’une journée “normale” ne recommence. En sortant par la porte tournante des urgences, j’aperçois de l’autre côté la gastro qui arrive. Petits yeux, un pas pressé. La prochaine victime du téléphone rouge!

Je rentre. La Punto traverse à nouveau la Place St François. La queue devant le Zinc a disparu,  les derniers petits groupes d’oiseaux de nuit sont en train de se disperser.

Deux heures plus tard, le réveil sonne. A brand new day in paradise.

Update sur les conditions de travail

Mercredi 2 septembre, l’ASMAC a déposé les signatures récoltées dans le cadre de la campagne « hôpitaux hors-la-loi » au Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO). Plus de 24'000 signatures ont été récoltées en 3 mois de campagne, reflétant ainsi le large soutien de nos revendications dans la population suisse. Grâce à vous, nous avons pu montrer au Conseil Fédéral que la population suisse souhaite de meilleures conditions de travail pour les médecins assistant.e.s et les chef.fe.s de clinique.

Pour rappel, les signataires demandaient au Conseiller Fédéral M. Schneider Amman, ministre de l’économie, d’effectuer des contrôles dans les différents hôpitaux de Suisse pour s’assurer que la loi sur le travail y soit respectée.

La Dre Anja Zyska Chérix, présidente de l’ASMAV, a  participé à un débat radiophonique sur ce sujet mercredi 2 septembre à la RTS dans l’émission forum (lien) ainsi qu’à  l’émission « quinze minutes » diffusé le 5 septembre à la RTS (lien).

L’ASMAV est toujours active pour essayer d’améliorer les conditions de travail des médecins assistant.e.s et des chef.fe.s de clinique, par exemple, en négociant au mieux de nouvelles Conventions Collectives de Travail (CCT) ou en se réunissant régulièrement avec les directions des différents hôpitaux vaudois. Nous essayons d’amener sur la scène médiatique la problématique des horaires de travail des médecins assistant.e.s (MA) et des chef.fe.s de clinique (CDC) par exemple, à travers l’article « Trop d’heures sup dans les hôpitaux vaudois » en Une du 24heures le 29 décembre dernier.

De plus, grâce aux MAs ou CDCs qui nous ont fait part des problèmes d’heures supplémentaires ou d’horaires de travail illégaux dans certains services ou hôpitaux, nous avons pu interpeller la direction des différents hôpitaux avec des exemples concrets afin qu’ils changent ces fonctionnements. Nous vous invitons donc toutes et tous à nous communiquer les non respects de la loi sur le travail (LTr) et de la CCT.

Concernant vos contrats de travail, nous vous rappelons qu’en vertu de la Convention Collective de Travail (CCT) les contrats de travail dans le canton de Vaud sont des contrats à durée indéterminée avec des plans de formations annexés qui, eux, définissent la durée de la période de formation prévue dans le service en question. Formellement, le médecin assistant doit alors recevoir une lettre de résiliation du contrat de travail 3 mois avant la fin de la période de formation prévue. De plus, suite aux questions de plusieurs membres, nous vous rappelons que les clauses des contrats ne peuvent pas déroger aux règles impératives découlant d’une loi ou d’une convention collective. Concrètement, cela signifie que même s’il est noté sur un contrat que vous devez effectuer toutes les heures imposées par le service et la hiérarchie cela ne signifiera absolument pas que ces dernières peuvent dépasser le cadre légal.

Nous vous rappelons que le comité de l’ASMAV ainsi que son avocat Me Mangold sont toujours à votre disposition en cas de question en lien avec les conditions de travail ou la formation post-graduée.